C’est en ce début d’été frileux que Vincent Mariette, réalisateur du court métrage « Les Lézards », nous propose son premier long métrage.

Si vous aimez les jeux de pistes, les vieilles Porsche, les sœurs qui n’en sont pas, les pères pas vraiment morts, les lacs et leurs secrets: bienvenue au club. 

Mélancolique et comique, insolite et franche, Tristesse Club est une comédie dramatique brillamment conduite par Laurent Lafitte, Ludivine Sagnier, et Vincent Macaigne.

Omniprésent et pourtant au visage inconnu, qui l’eut cru…

Un brin cruel, le long métrage ne nous caresse pas dans le sens du poil, non, il nous montre les crocs, nous titille les esprits, nous abandonne puis nous envahit… Un peu comme cette image du chien symbole de la cruauté, mais surtout emblème de la fidélité. Ainsi, entre peur et sympathie, tout en empathie, ils nous guideront à travers cette errance comme autrefois ils guidaient les âmes des morts. Les chiens… gardien des enfers ? Ou souvenir divinatoire des maitresses d’un père ?

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Jeu de piste : entre humanité et humilité

C’est entre humanité et humilité, en les profondeurs d’une humeur presque sacrée, que ces êtres et leurs fragilités respectives ; inhérentes à un passé commun et différent, vont apprendre à se connaitre tels de grands enfants.

Errant dans les vieilles entrailles d’une baraque abandonnée il y a longtemps… on s’emmêle et se démêle.

Et tout comme nos trois compères qui se prennent et se surprennent dans la toile d’un passé sordide et mélancolique, on ne cesse de dériver vers les découvertes et les secrets merdiques, les lettres d’amour sans toujours, les sourires et les sanglots, les balles de tennis et les perles d’eau. Un jour, la terre se met à pleurer et on se retrouve à huis clos, nu comme des ados buvant bien trop, et puis on tourne simplement le tête et là-bas, il y a cet homme bancal, ce mec pas mal, il y a Léon rattrapant sa chambre de petit garçon. Parce que parfois, même dans les méandres d’un passé turbide et douteux, il suffit de peu de chose pour se souvenir qu’un jour on a été heureux. C’est un tout. C’est un rien. C’est une machine à lancer des balles, c’est un chien, c’est une cabane, c’est l’amour de deux frères, c’est cette fille pleine de mystère, c’est cette carcasse d’instants qui toujours, et à jamais, fixera les chairs d’un amour en bordel mais bien réel !

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« – Séduite, baisée, abandonnée. – Ouais… schéma classique ! » Des personnalités à faire bander les morts.

Et pourtant… nous sommes bien loin d’un classique assommant. C’est tout en pudeur et tout en sensibilité que le réalisateur nous pousse en dérive avec nos trois camarades aux âmes hantées. Se cherchent-ils un fantôme, tout comme cette grande maison abandonnée ? Ou sont-ils simplement et complètement habités ?

Des personnalités à faire bander les morts. Ou du moins à les faire remonter à la surface ! En fragrances… en flottement, en errance entre passé et présent.

Un grand bravo à Vincent Macaigne qui nous surprend dans un registre incroyablement sensible et délicat, sans oublier Laurent Laffitte qui lui donne la réplique avec une justesse désarmante. Coup de chapeau aussi à la comédienne Ludivine Sagnier qui marche telle une funambule entre ces deux âmes au destin bien écorché.

 

Ana Elle

 

Réalisé par :  Vincent Mariette

Avec : Ludivine Sagnier, Laurent Lafitte, Vincent Macaigne

Durée : 1h30min

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