C’est en ce dimanche 11 mai qu’en tant que spectatrice, écrivaine, comédienne, mais aussi en tant que femme, et avant tout en tant qu’humaine, que je souhaite revenir sur ce « Long week end »

 

Cher Vous,

Laissons un instant de côté nos rôles, nos castes, nos identités, toutes ces choses qui nous intronisent et nous prédéfinissent dans la société. Aujourd’hui, je ne suis pas une journaliste, aujourd’hui je suis une personne, une femme. Simplement, une femme.

 

 » Et dans ses yeux à elle, quand il l’avait touchée, il y avait eu cette expression que je ne lui connaissais pas. Celle d’une personne qui aurait marché longtemps dans le désert et qui, finalement, aperçoit l’eau. »

Je suis tombée amoureuse. J’ai aimé. J’aime.

Nous subsistons dans un monde qui manque cruellement d’amour, et parfois je me demande bien comment nous faisons pour y vivre. En ce qui me concerne, je pense qu’il s’agit plutôt de survie.

« Survivre en ce monde n’est pas une partie de plaisir. Parfois on a besoin de s’arrêter, de simplement s’asseoir et réfléchir. Rassembler ses pensées. Ne plus bouger. »

 

C’est avec une incroyable finesse, que le réalisateur Jason Reitman, nous inonde d’amour. Un incroyable mélange de douceur et de férocité, aussi sucré et subtile que le goût d’une pèche trop mûre dans laquelle on mord. Une faim, alors inconnue des corps. Une rencontre qui dévore. Un bouleversement d’existence, un grand bain d’immensité et d’émerveillement, nous rappelant que bien trop souvent la vie n’est que jugement.

 

«On a appris ça en classe, ai-je dit, le prof d’éducation sanitaire. Je n’avais qu’une idée : couper court à cette discussion. Le plus vite possible. […] Ils ne parlent jamais de l’amour, Henry. De toutes les parties du corps qu’ils décrivent, la seule qu’ils ne mentionnent jamais, c’est le cœur. »

 

Un grand bravo aux trois comédiens, Kate WinsletJosh BrolinGattlin Griffith, qui subliment cette œuvre avec un talent grandiose. C’est entre générosité et retenue que nous marchons 1h 51 durant, le long de ces brumes humaines… traversant toute en mélancolie, les maux silencieux des bouches, des yeux, des corps, qui se rencontrent, s’atteignent, se cherchent, se trouvent… avec dérive et beauté.

« -Qu’est-ce qu’il se passera si ma mère ou moi on file pendant que vous aurez le dos tourné ? 

– Et bien, ce sera votre vraie punition. Vous devrez retourner dans le monde. »

 

Un grand bravo aussi à Jason Reitman, qui nous plonge avec virtuosité au cœur de cette humeur toujours sur la frontière, alliant doute, peur et tendresse, avec savoir faire.

Il ne s’agit que de simples sensations. Celles que l’on n’oublie. Celles pour qui nous n’avons plus de véritable reconnaissance dans ce monde moderne. Les premières, les primitives, les surprenantes, les plus simples et les plus complexes à la fois… Celles qui nous emmènent loin de chez nous et celles qui nous ramènent à nous même… La sensation…

 

« Et des personnes si abîmées par la vie qu’on pourrait croire qu’il n’y a plus d’espoir pour elles sur cette planète. […] Et pourtant si. »

 

Alors oui, je suis tombée amoureuse. J’ai aimé. J’aime. Parce que l’amour, c’est être là. L’amour c’est préparer des tartes et faire toutes sortes de gourmandises. L’amour c’est avoir faim. L’amour c’est s’attacher, parfois à une chaise, quoi qu’on en dise. L’amour c’est avoir peur. L’amour c’est ne pas regarder l’heure. L’amour c’est attendre qu’un train passe mais ne pas partir. L’amour c’est être en cavale. L’amour c’est l’attente. L’amour c’est venir te chercher. L’amour c’est se toucher. C’est la sensation. C’est eux, c’est tous ceux-là dehors, c’est ceux qui ne le savent pas, c’est vous, c’est moi…

Alors filez donc au cinéma !

Bien à Vous,

Moi.

Ana Elle

Synopsis : Lors du dernier week-end de l’été, Frank, un détenu évadé, condamné pour meurtre, oblige Adèle et son fils Henry à le cacher chez eux. Très vite, la relation entre le ravisseur et la jeune femme prend une tournure inattendue. Pendant ces quatre jours, ils vont révéler de lourds secrets et réapprendre à aimer…

 

Adaptation du roman de Joyce Maynard, « Long Week end ».
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