A cet été des plus douloureux.
A cet inconnu de l’aéroport.
A toi, celui qui n’est pas – Julien – Sorel.
… Et à ce qui ne sera jamais Nous.

 

Cher Vous,

Ça aurait sans doute été une très belle histoire. Je veux dire, dans une autre vie. A un autre moment.
Peut être même il y a un an.

… Je me réveille brutalement …

La chaleur coagule dans mon appartement. Une chanson mélancolique erre dans la pièce. La lune presque pleine
éclaire l’obscurité qui stagne chez moi.

Et voilà… assise seule dans mon lit, j’avais la sensation de me réveiller vers cette histoire. Mais un an trop tard.

Je laisse retomber mon corps, lourd et disgracieusement contre le matelas. Il fait un bruit sourd. J’ai l’impression qu’il se broie sous mon propre poids. Je ferme les yeux par interstices. Il fait très chaud. Je reste immobile un moment, le regard rivé sur les persiennes qui laissent transpercer des touches de lumière qui lèchent ma peau nue.

Quelle heure est-il ?
Je ne sais pas s’il fait jour ou nuit.

J’ai comme l’impression d’être dans un autre hémisphère, un autre continent.
Il n’y a plus vraiment de temps.

Quelle heure est-il ?

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*

Je reste longtemps allongée sans bouger. Quand doucement, je me mets à le rêver. Suintant et éclatant de perles de sel. Une sueur au goût de miel, douce et acide par moments. Se mélangeant à la mouille de mes lèvres…

… je me pince la bouche de plaisir sous-jacent, là, respirant ses traits, plongés, ramenés et révélés par le soleil couchant.
Je ne suis plus en terre connue.

Je me trouve ailleurs.
Un endroit plus exotique. Un endroit où la chaleur se presse sur ma peau. Un peu comme le souvenir de ses mains serrant un verre rempli de glace pilée et de mojito.

 

Je ferme les yeux.

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J’aime fermer les yeux dans ce genre d’endroit de moi-même. Là où l’indécence et l’élégance entrelacent leurs plus humbles et leurs plus mystérieuses symphonies.

Je l’imagine étaler doucement la glace sur mon ventre puis…
Entre mes jambes.

Je sens le frôlement de nos désirs mutuels et déferlants. Me heurtant à cette accumulation de sang. Dans le bas de son corps. Qui pour moi se gonfle et s’arque comme un trésor.

Je le regarde.
Je le regarde longtemps.

Entrouverte.

Je pressens les humidités de ses endroits les plus secrets.
Des endroits reculés et bientôt dégorgeant de houle.
Des endroits loin des foules.
Est-ce que je suis saoule ?

 

 

La nuit.

C’est la nuit.
Elle tombe sur les visages. Sans prévenir. Elle scie les expressions de manière plus grave et plus dure. La chaleur, elle, a pris racine en moi et serpente le long des murs.

J’ai comme l’étrange impression que ce fantasme est lié à la sensation qu’on éprouve lorsqu’on est en pleine nature, assoiffée, et que l’on marche sans aucun autre but que de contempler les accumulations montagneuses, les forêts, les déserts, les grandes chutes, les falaises et les couchers sanglants de soleil. C’est lié viscéralement à des précipices.

Des idées dans lesquelles je glisse.

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Des vides parfois désappointant. Et des escalades en sentiments.

Pourquoi maintenant ?

*

Le sommeil m’emporte de nouveau. Comme semblant vouloir ma peau.
La nuit se traîne. La nuit n’en finit plus. Mon corps semble attendre quelqu’un. Il ne sait plus.

J’entends pas à pas les échos d’un fantasme me poussant vers des sensations concentriques et s’étendant sans que je n’y puisse rien faire.
Ployant ma conscience et ma chair. Des tourbillons inarticulés de ténèbres et de beautés.

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*

Je me réveille brutalement dans mon appartement. Il est vide. Je me retourne, il n’y a personne.
Il fait très chaud.
La sueur dégouline sur ma peau. Elle luit entre mes seins et dans mon cou. Je ne porte qu’une petite culotte, que j’ai soudain très envie d’enlever. Je sens encore l’empreinte de ses mains sur moi dont j’ai rêvé. Je n’ose bouger. De peur qu’elle ne disparaisse de mes sensations.
Peut être vais-je me rendormir de nouveau et replonger dans les souffles charnels de mes chimères. Dessinée et décimée de désirs fantomatiques qui manqueront d’air.

Mais déjà je sens mon souvenir onduler sous la caresse.

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Au bord de moi même.

Au bord d’une plage.
Déserte et remplie de lui.
Cet être que je ne connais finalement pas. Que je connais comme l’inconnu de l’aéroport.
Quand soudain, je me retrouve dans l’écho de quelques fracas érotiques. Brûlante, sur une plage au Mexique.
Je cours totalement nue et j’en oublie la bienséance. Je retrouve un peu d’urgence. Quelque chose de plus brutal. De plus animal. Quelques passions sourdes et inavouables. Je me réaccorde à mes sauvageries les plus profondes.

Je veux qu’il me regarde comme la princesse de ses catacombes.

Tempétueuse et ondoyante. Dévorée et dévorante.

 

*

Je le regarde si fort que ma passion pour lui s’émeut dans mes entrailles. Des teintes de neige viennent brûler la nuit noire. On dirait une sorte de pluie de sucre tout autour de nous. Un sucre au goût d’extase. Je sens que je résiste tant que je le peux.
Mais c’est trop tard… la neige de sucre se transforme en marée rouge à l’intérieur de mon corps. Un désir noir qui me soulève et me dévore.
Je suis perdue.

Il va m’embrasser et je vais être perdue.

*

… Je ferme de nouveaux les yeux …

Il me regarde. Il la regarde, sans doute Elle aussi. Il possède quelque chose d’incendiaire dans le regard. Ses yeux sont jaunes.
Dedans reflète mon corps. Nu. Pieds nus. Dans le sable. Les cheveux détachés dans la brise et emmêlés par le sel.

Il ne la regarde pas comme un fantasme.

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LE fantasme de tous ces hommes mariés ou dans l’indisponibilité de l’aimer. Il n’est pas complètement subjugué, ni blasé, ni même anéanti par le miracle ou la bêtise de tenir ce corps dans ses bras. Et tout comme elle, il accueille à tour de rôle la soumission et la domination. Il baise ce va et vient dans la passion.

Il me contemple comme une vraie femme.

c53b841d1cd8ca424a6c1c75bb11b24dImage de la série américaine « The Affair ».

 

Non pas comme UNE créature de rêve mais, comme SA créature soulevant ses plus grands rêves et ses plus sombres désirs.
Il comprend en me regardant qu’il atteindra cette même dualité en lui, que celle à laquelle je m’abandonne. Cette viscérale envie de vibrer. Écartelée, dans les bons
et les mauvais côtés.

Ma main descend sur mon ventre. Contrôlée par un retard que je m’impose à moi-même. M’opposant à la faim de mon corps qui s’étend, en demande de tendresse.
Je me refuse à plonger dans les affres mièvres des plaisirs de jeune fille bien rangée. Je ne l’ai d’ailleurs jamais été. Les jambes de mes Barbies peuvent en témoigner.
Je coule des pensées qui se dressent très dures. Des pensées qui me laisseront sèche et inerte.

Dans quelques heures.
Dans quelques minutes..
Dans quelques…

Mon corps se sculpte dans le plaisir. Il se contracte de manière féline et on ne peut plus suggestive. Curieusement généreux et trempé, mais jamais impudique. La peau est irradiée par la lumière de la nuit.

 

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Elle est chamardée d’un érotisme puissant, chevauchée par ce désir de lui. Ce désir de le sentir profondément en Moi.

Il ne la quitte pas des yeux.

Il ne la quittera plus.

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Il se rend bien compte qu’en Elle, il y a quelque chose, ou quelqu’un, d’impossible à maîtriser.
Il se rend bien compte qu’il ne peut lutter.

… Alors, il lâche prise.

Acceptant, sans oublier, cette fille triste de l’aéroport.

Acceptant ces sources insaisissables et intarissables qui lui échapperont toujours. Acceptant qu’elle considère sa solitude comme un lieu, plus que comme un sentiment, dans lequel elle se réfugie.

Acceptant qu’elle soit terrifiée à l’idée d’être abandonnée. Encore et encore. Acceptant que malgré tout, elle ne vit que pour les grands sentiments. Les plus nobles et les plus violents.

Acceptant qu’elle pleure sans raison, ou qu’elle regarde au loin, très silencieuse, avec une insoluble et intarissable envie de partir.

Acceptant qu’elle s’absente de son corps.

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Acceptant cette femme en puzzle et à reconstruire. Acceptant qu’il manquera à jamais certaines pièces.
Des pièces pour la comprendre. Pour la remettre sur pieds. Des pièces pour l’éclairer. Des pièces qu’on lui a volées.
Parce que quoi que les autres puissent en penser, il sait qu’elle fera tout pour l’aimer. Il sait qu’en s’engageant dans leur histoire,
« au risque d’y laisser des plumes », comme il dit, il sait qu’elle le gardera dans un endroit de son coeur, séparé du reste, là où elle aime le mieux et le plus passionnément. Il sait qu’en sentiment, cette fille ne se moque pas des gens. Mais il ne sait pas comment il
le sait.
Il le sait c’est tout.
C’est en lui.

*

Ça aurait sans doute été une très belle histoire. Je veux dire, dans une autre vie. A un autre moment.
Peut être même il y a un an…

Bien à Vous,
Bien à Toi,

Moi

 

Il y a dans ce texte un petit clin d'oeil à une amie très chère à mon coeur. Elle saura se reconnaitre.

 

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