-Le 22 novembre 2013 –

-Je suis persuadé qu’elle peut y arriver, et que personne n’y remarquera rien.

Cher Vous,

J’ai mis vraiment longtemps à comprendre le rapport et le lien, entre ce que je suis et ce que les gens voient de moi. On pourrait penser que, les atouts dont la nature m’a dotée, sont des armes exemptes de toutes difficultées, et qu’il est beaucoup plus facile pour un corps, tel que le mien d’arriver à ses fins. Mais la triste vérité est qu’il est possible de la retourner une arme contre soi, il est aussi fort probable de devoir tous les jours la cacher, et bien sûr, il faut assez de force pour pouvoir la supporter.

S’endurer soi même, est une chose très étrange. Au bout de vingt deux ans, j’ai dû me résoudre, tant pour ma santé physique que mentale, à laisser un peu de ça, derrière moi. En voyant les cicatrices on pourrait penser que c’est bel et bien terminé, mais le couteau ne m’a jamais quitté. Il est toujours sous ma gorge.

J’aimerais être Moi, mais la réalité me crache au visage : nous sommes ce que les gens pensent de nous. Ce soir là, mise en circulation sur la route écorchée du désir, monnayant mes quelques atouts-pièges par chagrin d’exister pour quelqu’un en particulier, j’étais au milieu de la foule, déchiquetée à pleine dents par les femmes, tandis que les hommes pourléchaient grassement mes restes. J’étais fusillée de regards assassins et furibonds. Un beau bordel… comme une vieille habitude, j’étais Elle.


« J’ai toujours pensé que je n’étais personne. Et ma seule façon pour moi de devenir quelqu’un… et bien c’est d’être quelqu’un d’autre. »*


Je me sentais comme une pestiférée puant la gloire à des kilomètres. Odeur putride et sans nom. Jolie contrefaçon ! Oui, c’est ça, un vulgaire commanditaire érotique, détenteur d’un corps aux pouvoirs magiques. A vrai dire, ce rôle de soldat dans l’infanterie de l’armée de terre et de chair ne m’intéresse pas. Tous ces gens devenaient brutalement, à mes yeux, des trafiquants d’armes en chair fraiche, épaisse, jeune et goûtue… Ce sentiment avait quelque chose de crucifiant.

La vérité c’est que malgré mon rouge à lèvre et mon fard à paillette, je me sentais comme la dernière des paumées. Une fillette abandonnée. Les genoux éraflés, les vêtements percés, non, c’était peut être ma peau… ou  mon cœur, trop serré, en montagne russe, et prêt à craquer.

Le bar était plein. Il faisait chaud. L’air était devenu moite. Il coulait sur mon visage une sorte de tiédeur. Une trainée noire qui creusait ma pâleur. Devant moi, une masse d’âmes et de corps moites. Humectés d’une aménité sirupeuse et nauséeuse. Ils étaient tous si saouls, si lascifs, enveloppés d’une crédulité baveuse et dangereuse.


 Ils veulent tous une flamme.


Tout ces gens. Autour de moi. Ils veulent une flamme. Ils veulent croire qu’ils sont différents. Je n’y vois aucun inconvénient. Mais je les trouve si tristes. Si tristes. Ils cherchent cette petite flamme, cette folie incendiaire d’être et d’aimer, mais ils pourrissent en misère, parce qu’ils ne veulent pas se brûler. Je viens de prendre conscience que j’ai sauté à pieds joints dans son brasier. Non pas son corps, que chacun voit comme stéréotypé, mais son âme, un peu froissée, un peu bancale, d’une absolue fureur et pas banale.

Je le contemplais, Lui, le cœur au bord des lèvres, glissant entre mes cuisses, un peu comme cette putain d’existence dans laquelle je glisse… Parce que je fais tout pour lui plaire, toujours et sans cesse. Une vraie guerrière au milieu de toutes ces princesses ! Je suis celle qui rit le plus fort et vibre le plus violement parmi son auditoire. Celle qui furieusement se met à briller comme une étoile en plein milieu de l’histoire. Lon taine et sintillante, maus toujours dans la nuit. Il ne me voit pas, ou, que de loin c’est un fait. Tant pis. Je ne suis pas une étoile, je suis juste un ver luisant. Pauvre fille ç contre courant.

lana-del-rey-ri_101240_1385065295

C’est alors que je sentis les sanglots de la vie, s’écouler le long de mes jambes. Me rappelant secrètement les éclats d’astres et de chaire chaude à l’intérieur de moi. Me rappelant ses yeux. Brisures de ciel, me rendant mortelle. Je danse. Je me mets à danser. Je danse. Je sens les regards caresser les parois de mon corps, et j’ai chaud. J’en veux plus encore. Je danse, et sous les regards affamés de ses hommes remplis, je ne danse que pour un seul : Lui. Le seul qui ne me voit pas. Le seul qui se fiche, à cet instant, de moi. Le seul qui récuse le fleuve vacillant du désir, le seul qui ne laisse rien l’envahir.

Ses traits sont comme des tranchées dans son existence. Routes passées et ravagées, à défaut de coup, par la foudre. Un jour viendra, ou la passion le consumera jusqu’à l’os. C’est alors que cette petite plissure au coin de son œil gauche, m’apparut comme une promesse. Une petite promesse de ciel et de pluie. Fulgurance irrévocable de ses folies. Comme s’il était lié par un engagement avec l’orage.

Vous vous demandez sûrement pourquoi  je l’aime ? Mais parce qu’il est furieux ! Il a en lui cette chose absolue et furieuse. Un véritable furieux de la vie. Mais je crois que personne ne l’a véritablement compris…

Personne ne le regarde véritablement dans les yeux. Et lorsque les miens entrent en contact avec son regard, je crois que j’y vois ses tripes, ce truc en profondeur, cette flaque muette qui borde son cœur. Et j’attends. J’attends. Comme au bord d’une route. Je me dis qu’un jour viendra, où son chemin croisera mes doutes. Je me dis qu’un jour, nous allons enfin partager nos confusions mentales. Je me dis qu’à nous deux on aura sûrement moins mal.

lana-del-rey-ri_101240_1385065354

Mais, les femmes s’accrochent à lui comme le lierre au tronc.[2] Ça me rend folle. Je ne comprends pas. Je ne les comprends vraiment pas, parce qu’elles n’y mettent aucune fascination. Elle le consomme comme un cliché. Une superficialité. Sans confusion, sans chemin, sans vallée. Rien d’autre que cette image de Lui sans faille. Elles ne creusent pas sous les écailles.


 Je le regarde, le contemple, je ne m’en lasse pas, et lorsque ses yeux croisent les miens, je me dis que tout peut arriver. Maintenant, tout peut arriver.


Ce vide reptilien vient, tout à coup, me creuser et me hanter comme les falaises mélancoliques et frénétiques de l’amour. De cette nuit insatiable de sexe qui m’a ramenée vers le jour, il fallait beaucoup de force pour s’en relever. A chaque fois, il me prenait de court. Mais je n’ai jamais abandonné.

Je déglutie.

Le brouhaha de ces vies remontait dans ma gorge et débordait de mes yeux. Je ne l’ai pas regardé cette fois là, j’ai marché dans la foule pour rejoindre le comptoir sur lequel je me suis hissée. Les gens ne voyais pas la marée noire qui ceignait mes yeux, ils pensaient sans aucun doute que j’avais bu pour danser comme ça, devant eux. La musique couvrait les incartades spasmodiques de mon corps et de son pouvoir magique. Quelque chose venant d’Elle les rendait fou, et Moi, je n’y comprenais rien du tout. J’avais m’impression qu’ils regardaient, respiraient et parlaient de quelqu’un d’autre. D’une autre personne. Surtout pas de moi. Allez savoir pourquoi…

J’étais pourtant regardée, bousculée, avalée, huée, stimulée par une masse de personne débordante de toute part. Mais je ne prêtait pas vraiment attention à eux, je crois que je  ne les entendais pas, j’étais enfouie à l’intérieur de moi. J’avais cette troublante sensation de n’appartenir à personne, d’une manière tellement rare et puissante, que finalement, dans ce déchirement de temps, ce déchirement d’être et de sentiment, je me mettais à appartenir au monde entier.

lana-del-rey-20_101240_1385065444

Je venais de m’effondrer à l’intérieur de moi-même, et personne ne s’en rendait compte. Je ne me sentais pas offensée. En fait, je crois que je les enviais plutôt. J’aurais bien aimé être comme eux, dans cette insouciance visqueuse de trop d’alcool et de fumée, dans ce détachement sur la vie et ses épanchements futile d’esquisses et d’envies. J’aurais aimé baigner dans ce confort tranquille d’existence programmée. Au moins, ils savaient ce pourquoi ils vivaient. Moi j’avais beau me demander ce que j’étais venue foutre ici, pourquoi on m’avait donné la vie, je n’avais aucune réponse, et jusqu’à présent, faute d’informations plus précises, je n’avais personne, à commencer par moi, qui aurait pu m’expliquer ce qu’était mon existence sur terre. Parce que je n’avais rien ! Je n’ai rien. Ni travail sûr, ni argent, ni voiture, je n’ai personne qui me tienne la main si je trébuche en chemin. Oui, c’est bien ça, je ne possède rien. Sauf un grand amour, un grand amour qui n’a rien à voir avec ce corps et ses pouvoirs, non, c’était quelque chose de plus fort, de plus violent, venant de plus loin.

Je ne me trouve pas vraiment belle, ni séduisante de quelques manières que ce soit, mais il est vrai que je sais m’arranger comme il se doit. Je sais les combinaisons d’apparats pour obtenir un vrai résultat. C’est au moins quelque chose que j’ai pour moi. Cette sorte de folie qui ne veut pas céder.

J’ai toujours eu en moi cette démence de vivre. J’ai toujours eu cette manifeste névrose pour la route. Je fonçais. Je fonçais. Je fonce. Tête baissée. Cœur ouvert. Corps déployé. Je creuse les doutes, traverse les désirs, m’écrase contre des forteresses, mais je vis. Je crois qu’en réalité, tout comme je ne possède rien, je ne possède aucune limite. Je suis un peu comme cette route. Je m’en contrefous de savoir où est ma fin, ce que je veux, ce que je veux véritablement, c’est en connaitre le chemin.

A bien y réfléchir, j’ai rélalisé que personne pouvait se mettre en Lui et Moi, sauf Lui-même. Là est mon plus gros problème. En cela, il y a quelque chose de tellement sinistre.Ce n’est qu’une chatte affamée, doit-il penser ! Elle a comprit, elle ira loin ! Elle a juste besoin qu’on l’a pousse un peu, qu’on l’aide à avancer. Ce à quoi j’aurais pu répondre que mon grand besoin est un bon coup de pied ! Un bon coup de pied dans ce va et vient, dans cette manière qu’il a de ne se donner que de loin.

 Et puis, aussi surprenant que ça puisse paraître, je me résous.

2604229-lana-de_101240_1385065507

Je me résous finalement à penser que, s’il s’intéresse à moi, c’est sans doute parce que je suis un bon sujet décoratif à sa vie. Peut être que pour lui, je n’ai rien dans la tête, peut être que si j’en suis tombée amoureuse, c’est parce que durant toute ces années de questions, de ratages, de claques et de blocages, ma raison ne s’est jamais accrue, et que la triste vérité, c’est que je n’ai que mes hanches et mes seins pour m’aider à avancer. Pas de cervelle. Pas de cervelle. Juste une âme emmêlée et un beau bordel.

Ils m’observent.

Tous.

Les hommes, les femmes, Lui…  Je le sens. Ils m’observent. Je ne dois pas les laisser s’en rendre compte. De quoi ? Allez-vous me demandez ?

Du fait qu’il y a quelque chose de la vie qui ne cesse de me remplir pour ensuite me dévaster.

Peut être qu’un jour viendra où je guérirai de Lui tout comme je guérirai de la route. Parce que je sais pertinemment qu’on se remet et qu’on se relève d’un trouble. A vrai dire, avec tout ce que j’ai traversé aujourd’hui, je me demande toujours si j’ai mal, ou si je suis blessée. Si je suis blessée, alors je prends le temps de me reposer et de retrouver toutes mes capacités, mais si j’ai mal… si j’ai mal… alors je retourne sur le champ de bataille, je me débarrasse de ça, et même si je n’y arrive pas, même si la douleur est insupportable, je finis le combat, et ce, même si je sais pertinemment qu’onne se défait pas et qu’on ne se délivre pas de soi.

Bien à Vous,

Moi. 

 -Alors tout ce que je peux faire c’est marcher, comme si j’allais quelque part… ?

[1]* Marylin Monroe

[2] Citation empruntée à Jack Kerouac.

Publicités