– Le 18 octobre 2013 –

A Lui,

Au serpent.

-Pourquoi est-ce que vous restez là ?

-Parce que… je vous crois.

-Personne n’avais plus cru en moi depuis… je ne sais plus depuis quand. Longtemps.

-Peut être que c’est parce que vous ne croyez plus en les autres.

Cher Vous,

Ils me prennent pour une idiote.

« Ma belle ceci, ma belle cela, ma jolie, ma belle fais moi ci- et fais moi ça. »

Il me regarde de haut en bas, va savoir pourquoi… ? Le pire c’est que ça m’amuse. En fait, il la regarde Elle. Elle comme une poupée de porcelaine. Ils pensent qu’elle n’a ni d’yeux, ni lèvre, ni sang, ni nerf, ni veine. Juste une poupée poudrée, belle à être montrée, montée, et trimbalée. Après tout…

-Je ne possède rien. Hormis mes cheveux et mes seins. Rien d’autre à part ça. Je ne sais rien à propos de Moi. Hormis que je l’ai Elle, que je détiens un corps, une image de corps, qui plait fortement aux hommes. Rien d’autre. Mais le fait est : que bien souvent, on me prend pour une folle…. Que bien souvent je me farde et me peins comme une « baby doll ». A vrai dire… je ne sais pas vraiment pourquoi on me regarde de cette manière. Le mascara, le rouge à lèvre, et les talons, ne sont que des artifices agréables, certes, mais qui cachent ma misère. La tristesse et le fard ne font jamais bon ménage finalement… C’est d’ailleurs pour cela que je me remaquille souvent ! –

Il y a des secrets  que je ne me dit pas. Je n’ose y pensez, parce qu’à bien y réfléchir, ils doivent le concerner. C’est plutôt facile de toutes les surpasser quand on pense à quelqu’un en particulier.

Il ne me parlait pas. Il était froid. Il ne me considérait pas. Je lui étais totalement indifférente en tant qu’Elle, en tant que femme, en tant qu’image. Il s’en fichait. Il se foutait bien des robes que je portais et des talons hauts que j’harponnais. Bien sûr je savais qu’il s’en amusait, mais au fond je sentais bien que pour lui tout cela n’était rien. Si bien que j’aurais pu entrer dans cette foule humaine, nue, et transparente, sans effectifs à paillette, sans apparats étouffant la fillette, et là où personne ne m’eut vu, lui seul m’aurait reconnue. Il ne me regardait pas comme les autres. Même lorsqu’il souriait il me regardait de manière furibonde. Je me disais qu’il ne voyait ni le rouge de mes lèvres, ni les talons, ni ma prose, non, je me persuadais qu’il voyait en moi : celle là, celle intelligente, celle qui n’est ni idiote, ni trop jolie et donc sotte, mais celle qui comprends beaucoup. Beaucoup choses. Je crois que là où certains contemplaient les couleurs et les brillants, lui seul était capable de m’admettre telle que j’étais : en noir et blanc.

Bouddha à dit que : « La patience est la plus grande des prières. »Je me suis interrogée sur la foi. Ce petit concept symbolique selon lequel nous attachons une valeur de vérité et de sincérité, nous vouons une estime absolue à une chose où un être.


J’ai tellement de réserve. De ressources. D’endroits suffisamment en vrac pour survivre à ces traques. Indomptable, je compris. Je compris que je m’étais mise à prier. Je compris que chaque jour, en ces absences, sous ses regards, en silence, en impudeur et en écart, je priais. A toute heure. Je priais. Je ne parlais pas. Je ne voulais rien. Et juste là, dans ses soupirs et dans sa ligne de mire, j’attendais patiemment et amoureusement de lui « appartenir ».

Il me rendait femme. Bien plus femme que tout cet équipage. Rien à foutre de ces vêtements et de ce maquillage. Quant à moi je ne cessais de le lire comme un voyage. Comme un lieu mobile et vacillant. Une source instable : un volcan. Jamais sûr. Il n’avait rien d’une personne ordinaire et mesuré. Il était du genre dur et abimé. Un mélange hors du commun de verre et d’acier. A la fois solide et pourtant près à casser.


J’avais peur de l’atteindre et de finalement le briser.


Je doutais de tout. Et surtout de ce qu’il allait me dire. Mais ce soir là, perdue entre frasques et ébats, la nudité était bien réelle : je n’avais plus besoin d’Elle, je n’avais plus d’ailes.

J’espérais que ses gestes, que ses mots, que ses offrandes, que ses indécences et ses tendresses  seraient aussi déshabillées que moi. A l’instar de ce versant, de ces battements et de cet état. De ce vertige de Lui rampant vers moi.

C’est alors qu’il s’est mit à allumer des bougies dans mon corps. Je n’y pouvais rien, c’était quelque chose de trop fort. Ses yeux léchaient, lapaient, et mangeaient ma peau. Il devenait chercheur d’or et chercheur d’eau. Avec hésitation d’abord, ses doigts regardèrent mes chairs, puis lentement, très lentement, ils se frayèrent un chemin dans les profondeurs de mon cœur.


Le plaisir.

Comme un déchirement. Un enlèvement. Un élèvement. Il se mit à écrire dans mon ventre. Une lettre d’extase, en débordement, s’inscrivant partout partout partout, dans les désordres de mon sang.


Je cherchais à prendre du retard sur moi même. Je voulais qu’il me désir à tout prix, qu’il veuille me garder et me regarder contre lui et contre sa vie. L’air de rien, comme un souffle, un secours, un détail. Un peu comme sa fragilité, son détour, ses écailles. Celles qui le recouvraient en invisible. Celles qui faisaient de lui un être de mille possibles. Parce qu’il n’était pas comme tous ces autres, ceux qui se foutaient que je sois là ou non. Il était celui qui au rebord attendait la dépossession. Celui qui me confondait en frissons. Celui qui me regardait m’oublier. Celui me contemplait vivre et mourir en simultané.

Je ne m’appartenais plus.

J’avais des pensées à son sujet, dont je ne savais que faire. A cet instant, toutes les  certitudes que j’avais sur moi-même disparurent en un éclair. Peut être les décollaient t-il une à une, à la manière d’un guérisseur, me dépeçant la tête, le corps et le cœur. Peut être me soignait-il de mon propre désespoir, ma propre tristesse, le temps de cette unique promesse. Je crois que j’aurais voulu que cela dur toujours.

Il se déshabilla.

Tout était lent. Silencieux. Tiède. Il était mon seul poison et mon seul remède.

C’est alors que je découvris son dos, pour la toute première fois. Nu, j’entends bien. Complètement nu, mais pas sans rien. Sublime créature, pensais-je. Comment un homme aussi dur et impénétrable pouvait-il apparaître soudain si fragile ? Il y avait cette peur en moi. Cette peur effroyable de le briser et de me mettre en danger. Alors je le laissais me tuer. Je le laissais entrer en moi, comme un Serpent. Se faufilant. Me prenant de part et d’autres sans que je ne puisse faire quoi que soit, hormis :m’abandonner.

Je devenais vivante.

Il demeura en moi comme le tonnerre. Cette nuit-là ; allongée sur le lit comme si j’eus été mis à terre. Passant sur moi, sous moi, en moi. Comme la foudre allant et venant dans un corps en hiver. Un corps qui devenait brasier. Un corps qui allait enfin vers Léthé[1]. Un corps que personne, comme cela, n’eut jamais touché. Mon cerveau se débranchait. Il se débranchait une fois, deux fois, mille fois… Je pleuvait. Je devenais orage, je devenais torrent et étang. Je devenais un monstre vivant.

Cette manière qu’il avait de boire. De s’abreuver de l’amour. Sa langue dans ma nuit me ramenait vers le jour. La pièce n’avait plus d’odeur, plus de temps, plus d’heure. Le froid brûlait en moi. J’avais chaud. Je grelottais, mais j’avais chaud. C’est alors que je compris une chose : j’étais mauvaise. C’était moi qui étais mauvaise dans toute cette histoire. Moi qui étais le personnage le plus noir. J’étais une menteuse. J’étais dangereuse. Pire que cela : j’étais Amoureuse.

Je lui avais menti à l’instant même où mon regard avait croisé le sien. Je lui avais menti en lui disant que je ne ressentais rien. Menti en étant sûre de moi. Menti ce soir là. Menti en le laissant courir. Menti sur mon désir. Puis menti en le laissant m’atteindre lentement. Menti en le laissant monter les escaliers de mon appartement. Menti en le regardant avec peu d’intérêt. Menti en n’y croyant qu’à peu près. Menti en me couchant avec dédain. Menti en le laissant rester jusqu’au  matin. Oui… j’avais honteusement menti.


Je n’étais pas tombée, non, oh ça non ! Je m’étais effondrée amoureuse de Lui.


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Je crois que j’aurais voulu qu’il me hurle dessus. Qu’il me hurle que je n’étais qu’une pauvre folle, une pauvre conne. Une saloperie, une sale personne ! Non, au lieu de ça, il me serra très fort, il dormit toute la nuit contre Moi. Elle n’était plus là. Pas cette nuit. Il n’y avait que Lui. Lui et Moi.

J’en avais tant rêvé. Je crois que ça perdait de sa réalité. Mais cette nuit de mai, il me figea dans ma propre éternité.

Bien à Vous,

Moi.

-Mon cœur bat plus vite avec vous c’est tout. C’est tout.

-Vous savez j’ai tout un tas de problème…

-On en à tous.

-Je suis en train de tomber amoureux de vous.

– …

-Je suis foutrement en train de tomber amoureux de vous.

-Alors ne laissez rien tomber d’autre, que vous-même. Je vous attends. Cela n’est pas un problème.

[1] Fleuve de l’Enfer dont les eaux avaient la propriété de faire oublier leur passé terrestre aux âmes des mort qui devaient les boire.

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