– Le 29 août 2013 –

Cher Vous,

« Ecrire, c’est aussi ne pas parler. C’est se taire. C’est hurler sans bruit. »*. C’est assez fascinant comme je m’engouffre et m’emmêle dans la nuit.

J’ai la curieuse sensation de la retrouver. Elle. Cette fille étrange et peu commune. Cette fille qui m’est sans appel, sans condition et sans fortune. Celle que je croise et que je vois partout. Celle des vitrines, des miroirs, des nuages et des trottoirs. Celle qui est là juste derrière moi, celle dont tout le monde se fout. Parfois je la perds, parfois je la retrouve, parfois je la ramasse par petits bouts. Il y va de ma personne, je ne peux m’empêcher de la rencontrer, Elle, en moi qui résonne.

Ça résonne.

Ça résonne.

Des échos en chucho qui me donne froid, qui me donne chaud.

J’ai l’impression de ne m’être jamais relever de ce lit. Il est toujours six heures du matin. Je suis là, et j’espère, j’espère, j’espère, je respire et j’espère qu’il y aura quelqu’un. J’espère que lorsque je me retournerai qu’il y aura quelqu’un. Peut être pas. Non pas Elle. Non pas ça. Peut être Toi.

C’est étrange mais je pensais vraiment te voir ce soir. J’ai attendu avec en moi, un grand calme. Un calme si immense qu’il en fût effrayant. Un calme qui te fout les nerfs à feu et à sang. Un chaos terrifiant. Comme si ma vie entière ralentissait. Comme si tout prenait une ampleur si profonde, que je ne pouvais sortir la tête et me redresser pour de nouveau respirer. Je suis en apnée. En apnée maintenant et depuis quelques temps. Je t’ai cherché, partout, partout autour de moi. Dans chaque regard, dans chaque voix, dans chacun d’eux… mais tu n’étais pas là. Alors j’ai attendu. J’ai attendu. Là. Tout bas. Sans même un bruit. J’ai hurlé sans même un bruit. J’ai ravalé mes désirs d’orage par gorgée. J’ai tout fais pour rester  sage et bien rangée.

Nous nous sommes regardé, Elle et Moi, avec une patience sans borne et sans limite.

J’ai lentement et à petites pensées consommé ce souvenir de Toi et de Moi ce soir là. Cette image d’homme éphémère. Cette attache de verre. Je l’ai précieusement enfoui en moi. Pressé au plus bas. Loin des sources tangibles et insondables de mon cœur, tous les jours un peu plus prêts d’une zone hurlante, palpitante et sans peur. Sans connexion mentale. Une zone faite pour le  » bon  » mâle.

Une écluse. Entre mes jambes. De sagesses en dérives. Partout. Trempant dans mes désirs. Abandonner en frémir.

Je suis seule à présent. Mon cœur, est seul.

Et me re voilà ; marchant à deux heures du matin, cette fois. Dans les rues d’une ville que je connais depuis toujours mais qui me semble ignorée. Me voilà longeant les précipices de ma médiocrité. Juchée sur mes hauts talons, frappant les pavés de ce qu’il me reste de raison. Et tout là bas, au loin, Elle, Elle comme un fantôme, une ombre derrière moi. Elle qui, sans s’accrocher nul part, sait marcher sur des hauteurs illimité du haut de ses talons démesuré. Et pourtant, Elle, qui a cette étrange peur obsédante du vide.

J’ai regardé l’horizon. Tout était noir, calme et silencieux. Rien ne me brûlait. Rien ne me rappelait tes yeux.

Pardonne-moi pour cet écart d’âme. Cet éclat d’urgence et de larmes.

Mais… je crois que j’aurais envie de te contempler au cœur d’une foule. Ne plus bouger, me laisser aller à cette houle. A l’intérieur. Respirer un mélange de cœur. Je crois que j’aurais envie de juste sentir les écarts d’âme en flaque, les éclats d’urgence en vrac, et non plus les larmes comme des claques.  Je crois que je veux sentir ce truc qui te prend de bas en haut, ce rail, ce shoot, qui t’excite les sens et t’échaude la peau. C’est peut être fou mais, je crois que j’ai envie de ton toi de ton tout. Juste là, un moment. Ce n’est pas grand-chose finalement…

Juste te contempler. Ne pas encore te toucher. Laisser le temps faire et défaire cette sublime manière de t’apprivoiser. Un peu comme ces gens qui se regardent de loin dans les aéroports. Ce truc qui te hurle « encore ». Hurlant corps. Un truc furieux, une envie douce. Du mystérieux qui m’attrape, me prends, me pénètre, m’engloutie, me repousse. Je veux respirer plus fort. Plus fort. Je crois que je veux ça. Je crois que j’ai envie de ça.

Oui, je crois que. Définitivement. Je. Inconditionnellement. J’ai envie de Toi.

Tes mains sur mes hanches et ton nom sur mes lèvres, en haut en bas, quelle importance… tant qu’avec toi je danse. Fais-moi danser jusqu’au soleil couchant. Fais-moi danser dans l’aube comme une enfant. Peu m’importe que tu es 20, 30, ou 40 ans… Fais moi l’amour pendent deux milles ans. Je brûle, je brûle, je brûle tant, je brûle tant que je suis pleine de sels et de sang.

Il y a quelque chose de sauvage  que je ne contiens plus. Quelque chose de toi qui me reviens ; ce n’est pas une Fin c’est le Début

Être là, immobile, comme cette fois là, perdue dans la ville. Enfouie dans les résonnances métalliques d’un moteur de moto datant de 70. Te regarder. Te regarder longtemps. N’avoir que cette image de toi en attachement. Parmi les gens. On a beau me bousculer, chaque claque, chaque accros, chaque choc, chaque heurt n’est qu’un détail de toi qui me parvient par écho. Tu me donnes froid, tu sais, tu me donne chaud. Je sens. Je sens que je veux te toucher, là, mais, je ne le fais pas. Je sens que je veux te sentir mais, j’égoutte en secret mes désirs. Je rentre dans cette foule, comme tu me pénètrerais, ou personne, je dis bien personne ne me vois. J’y rentre comme tu entrerais en moi. Glissant lentement, très lentement, à l’intérieur des gens. Un souterrain profond et sombre. Me fracassant. Sous tes reins. Tout est différent maintenant. Très différent. Que j’aime cette souplesse et cette rigidité me tenant éveillée. J’ai envie de crier. De hurler. Qu’il est merveilleux de te regarder ainsi. De te contempler  parmi ces débris. Tout ces débris de vie.  Toutes ces personnes qui ne remarquent rien. Qui ne vois pas ta ressemblance au matin. Qui ne remarque pas ta présence en moi. Qui n’entendent rien d’autre que ce qu’ils ne voient. Qui ne discerne pas la fossette droite au contour ta bouche. Qui ne vois pas à quel point de là bas tu me touche. Qui piétine les alentours, sans même prêter attention à ces quelques élans d’amour.

Je me cramponne, je m’époumone. Je me tiens à l’horizon de toutes mes forces ! Je suis prête à l’enjamber si tu ne me retiens pas ! Je suis debout sur cette espace qui n’existe pas. Viens je t’en prie. Viens. Il faut que je saute. Que je saute pour en avoir le cœur net. Pour voir si je retrouverai ce sourire en fossette. Voir si tu seras là. En bas. Voir si tu remonteras en moi et traversera tout mon corps. Voir si je vais respirer plus fort. Plus fort. Je vais sauter. Je vais sauter. Je t’en prie viens. Viens. Je vais sauter maintenant, je ne fais pas semblant. Je suis à feu et à sang. Quelque notes de mémoire qui me fond bouillir le sang. Depuis ce soir là. Je ne pense qu’à ça.

Je ne pense qu’à ça. A ça. A ça. A ça.

 Que quelqu’un ose me dire que je ne devrais pas.

Bien à Vous,

Moi.

*Marguerite Duras.

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